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L’arabica se corse

21 Juin

LEMONDE 19.06.10 Alain Faujas

Le prince des cafés, l’arabica, fait la loi. D’abord parce qu’il est cultivé en altitude, ce qui lui vaut un arôme incomparable pour le palais des connaisseurs. Ensuite, parce que la superficie qui lui est dédiée dans le monde s’élève à 7 millions d’hectares, quand son cadet, le robusta, n’en occupe que 4 millions – il représente les deux tiers des 126 millions de sacs produits chaque année. Enfin, parce qu’il dicte sa loi sur les marchés : mercredi 16 juin, il a atteint un pic à New York – à 183,45 cents la livre – qu’il n’avait plus touché depuis vingt-sept mois, au terme d’une montée en flèche de 20 % en neuf jours. Le robusta a suivi, un cran en dessous, et a bondi de 18 %.

Vendredi 18 juin, à l’appel d’un euro faiblissant, les investisseurs prenaient leurs bénéfices et l’arabica revenait à 180,15 cents.

MODE DU CAFÉ « GRAND CRU »

Les ingrédients de la hausse étaient connus depuis longtemps. Côté demande : on boit de plus en plus de café, environ 2 % de plus chaque année. Selon les études menées par l’Association américaine du café, il est devenu, en 2009, la deuxième boisson des Américains après… l’eau. Il est vrai que les méchantes langues prétendent qu’il s’apparente, outre-Atlantique, à de l’eau chaude. Pour les cafés « gourmets » ou « de terroir » triés sur le volet, la hausse est de 5 %, tant les Kraft, Starbucks et autres Nespresso ont suscité une mode du café « grand cru ».

Mais, côté offre, cela ne suit pas, car la Colombie, deuxième producteur mondial, fait défaut depuis deux ans. Elle a en effet arraché ses vieux caféiers qui étaient à bout de souffle pour replanter des jeunes arbres qui ne donneront pas avant trois ans.

« En plus, ajoute Benoît Bertrand, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), le phénomène météorologique Nina a apporté trop de pluie (dans cette région) et la floraison a été erratique. » La production est ainsi tombée de 11 millions de sacs à 8 millions au cours de la campagne 2008-2009 et l’Organisation internationale du café (OIC) vient de faire savoir qu’elle ne s’attendait pas à une reprise du verger colombien avant la campagne 2010-2011.

Les spécialistes du Groupe Macquarie ont enfoncé le clou et ont prévenu, le mercredi 16 juin, que le marché mondial de l’arabica serait cette saison encore déficitaire, même si la récolte brésilienne se révélait « exceptionnelle ».

Les investisseurs ont alors flairé la bonne affaire au moment où le pétrole et les métaux hésitent.« Malgré les bonnes perspectives de récolte en Amérique latine, le marché a compris que les cafés de qualité étaient vulnérables aux aléas climatiques, conclut M. Bertrand. Et la spéculation a parié sur la pénurie qui pouvait en résulter. »

Alain Faujas


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