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Jean-Paul Gaillard, fondateur d'Ethical Coffee Company, parie sur le clone de la capsule Nespresso | Capsule Compatible Nespresso

Jean-Paul Gaillard, fondateur d’Ethical Coffee Company, parie sur le clone de la capsule Nespresso

27 Fév

Ancien patron de la marque suisse, cet entrepreneur défie aujourd’hui son ex-employeur. Son arme fatale : une capsule meilleur marché et 100% biodégradable.

A peine sorti du petit avion privé qui l’amène de Genève, il consulte ses mes­sages. Tête nue et en sim­ple costume de ville, malgré les bourrasques de neige qui balaient le tarmac du Bourget, Jean-Paul Gaillard épluche minutieusement les chiffres qui défilent sur son écran. Comme tous les matins, son directeur de production lui a envoyé les ratios de la veille : les chaînes de son usine de Cham­béry ont tourné à 80% de leur capacité et débité 70.000 dosettes de café. Le regard du patron suisse s’éclaire, il sait qu’il tient la bonne cadence.

A 56 ans, cet entrepreneur atypi­que qui n’a pas froid aux yeux s’est lancé un pari hors norme : défier le géant Nestlé en commercialisant des capsules ­compatibles avec les machines Nespresso. Et en appuyant là où ça fait mal : le recyclage et le prix. Disponibles depuis mai 2010 sous la marque Casino, ses dosettes sont entièrement bio­­dé­gra­dables et coûtent 0,25 eu­ro l’unité, soit 30% de moins que les petits écrins en aluminium van­tés par le sémil­lant George Clooney.

Depuis quel­ques se­maines, une seconde chaîne de production a démarré. Objectif à terme : fournir un bon ­million de dosettes chaque semaine aux 7 800 magasins Ca­­sino. Encore très loin, certes, des 2 milliards de petits noirs avalés tous les ans par les fans français du club Nespresso. Mais Gaillard dispose déjà de fonds pour lancer de nouvelles lignes de fabrication.

Amateur d’adrénaline. Volubile, bluffeur et un brin mé­galo, l’hom­me n’a rien, pourtant, d’un don Quichotte parti à l’assaut des moulins à café. La ­dosette, c’est son ­affaire : il a dirigé Nespresso pendant près de dix ans, de 1988 à 1997. « C’est moi qui ai tout inventé, affirme-t-il. Nestlé voulait abandonner la mar­que quand je suis arrivé. »

Et rien ne l’agace plus que de s’entendre dire qu’il a créé ECC – Ethical Cof­fee Company – par soif de revanche. S’il a quitté le mastodonte suisse, c’est de son plein gré : « Je m’ennuyais. C’est un groupe où les gens sont formatés comme de bons soldats. On ne valorise pas l’esprit d’initiative, seulement l’absence d’erreur. » Bref, aux trop prévisibles plans de carrière, Gaillard préfère l’adrénaline du business.

Une mutinationale à lui seul. Un frisson qu’il connaît bien. Avant d’entrer chez Nestlé, il avait développé la mar­que de vêtements Marlboro Classics pour le compte de Philip Morris. Son premier succès. En 2001, il sauve l’horloger Bertolucci d’un naufrage annoncé. Le coup suivant sera moins fumant : pendant cinq ans, il s’escrime à faire des robes de mariée ­Pronup­tia une marque mondiale.

Mais les franchisés ne ­sui­vent pas sa stratégie : les ventes plongent. Gaillard quitte le navire à l’été 2007, dix-huit mois avant la faillite de la filiale internationale. « L’actionnaire de référence m’avait trompé sur les chif­­fres », accuse aujourd’hui ce ­ »serial entrepreneur », qui affûte ses arguments pour récupérer au tribunal les plumes qu’il a laissées dans l’histoire.

Un autre rendez-vous à la barre, plus crucial, l’at­tend dans les prochains mois . Doublement atta­qué sur le marché des dosettes, avec l’entrée en piste de ­l’américain Sara Lee (L’Or de Maison du café), Nes­tlé a décidé de poursuivre ses deux rivaux pour contre­façon. Nullement intimidé par les dizaines de brevets brandis par son ancien employeur, Jean-Paul Gaillard est impatient d’en découdre. Et Casino affiche la même sérénité.

Les dosettes d’ECC, martèlent les deux partenaires, n’utilisent au­cun brevet de Nestlé. Que du cousu main. A com­mencer par la soudure de la capsule. « Une prouesse industrielle qui se joue à quelques degrés d’hygromé­trie et de température, détaille Guy Busine, l’ache­teur d’EMC, la centrale d’achats de Casino. On a vu défiler pas mal de produits qui ­préten­daient rivaliser avec les dosettes de Nestlé.

Mais le prototype de Gaillard est le seul qui fonctionnait vraiment ! » Le patron helvète a passé des heures avec les ­techniciens de Vegeplast, une PME pyrénéenne spécialisée dans les matériaux biodégradables, pour peaufiner les réglages. « C’est une mul­tinatio­nale à lui seul ! Il a la vision stratégique, le sens du marketing et la con­naissance tech­nique », s’émerveille Cédric Abitbol, chez Partners 21, l’un des principaux investisseurs d’ECC, avec 50 millions d’euros.

Briseur de monopoles. Le second tour de force de Gaillard est d’avoir entraîné Casino dans l’aventure. En vendant des dosettes sous son nom, le distributeur stéphanois était sûr de se mettre Nestlé à dos. Un risque calculé. Et assumé. « Ce côté briseur de monopoles est très excitant pour nous », raconte Guy Busine, avec des accents dignes d’un Michel-Edouard Leclerc. En ce début d’année, la direction de l’enseigne frétille : les dosettes vont bientôt débouler dans les Monoprix, Franprix et Leader Price et arroser enfin la région parisienne, où Nespresso recrute la moitié de ses clients !

Jean-Paul Gaillard, lui, voit bien au-delà de 2011 et de Casino, lorsque l’exclusivité ­arrivera à son terme. « Les clients attendent, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Brésil, en Asie, toutes les chaînes d’hypers, partout ! » claironne-t-il. Les premiers servis ne seront pas forcément les plus gros, eu égard à ses capacités de production. Mais les 4 à 5 milliards de capsules vendues chaque année dans le monde par Nestlé ne l’impressionnent pas : il est sûr de pouvoir faire aussi bien. What else ?

Francis Lecompte Management Capital

 

 

 

 

3 Responses to “Jean-Paul Gaillard, fondateur d’Ethical Coffee Company, parie sur le clone de la capsule Nespresso”

  1. Nicolas 11 mars 2011 at 22 h 16 min #

    Et des tripes, un vrai entrepreneur, en plus il fabrique en France.

  2. Julien Webmaster 12 mars 2011 at 9 h 27 min #

    Interflora 😉

  3. Nicolas 13 mars 2011 at 20 h 49 min #

    une autre affaire des plus intelligentes…mais ne fabrique pas en France:-)

    ECC, bientôt 100 emplois crées à Annemasse Aglo et ça continue + le meilleur, que demande le peuple, vive l’entreprise 🙂 très cher Julien (je vous aime bien, malgré quelques erreurs de votre blog…).

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